/e/ exposition/A Showcase Show by Placement Produit / Tomb Raider
by Jeanne Briand & Elinor Haynes

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Jeanne Briand et Elinor Haynes travaillent dans un espace liminal où la matière se fluidifie et acquiert un caractère ambivalent. La pratique pluridisciplinaire des deux plasticiennes est ancrée dans une experimentation technique. Créant des formes neuves avec des matériaux traditionnels, la confrontation de leurs univers invite au fantastique. On y retrouve également les traces d’un processus qui ne tend non pas vers la perfection mais vers le trouble et l’informe, créant une vitrine qui séduit autant qu’elle perturbe.

En tant qu’interface transparente qui relie l'intérieur à l’extérieur, la vitrine d’exposition ne laisse au public que le choix d'interagir avec les œuvres de manière voyeuriste, à distance déterminée. Les œuvres sont arrangées comme les biens commerciaux d’une vitrine marchande, empêchant toute forme d’interaction physique, barrières invisibles au feeling. La vitrine agit comme un dispositif de visionnage commercial à travers lequel l’objet corporel s’oppose à sa représentation, puis à sa valeur.

Visible depuis la rue, un ensemble de sculptures anthropomorphes d’Elinor Haynes occupe le sol de la galerie. Vides et désincarnées, ces carapaces fragiles se replient sur elles-mêmes telles des corps laissés à sécher, résistant à l’acharnement du temps. Exhumées et maquillées, elles cohabitent dans cet espace avec diverses pièces murales de Jeanne Briand: formes ovoïdes en verre étranges et ambiguës ; à la fois objets de design, pierres précieuses et trésors délicats, figés. 
 
A mesure que la lumière du jour s’esquive, une transition étrange s’opère et l’on se sent glisser entre deux mondes. Les verres soufflés semblent flotter dans la pénombre, se réinventant en organismes phosphorescents. Leur lueur opaque et mystérieuse - presque féerique - rappelle les créatures marines, plantes aquatiques et bactéries bio-luminescentes que l’on retrouve dans les profondeurs ténébreuses de l’océan ou même à l’origine des temps. 

L’aspect du corpus est occulte et lugubre, et il devient le décorum d’une chambre secrète d'embaumement pharaonique , lieu transitionnel habité momentanément par des esprits et autres êtres mystiques. On ressent la présence des mains qui ont façonné laborieusement ces formes et celle du souffle qui donnent forme à des objets de verre d’une précision quasi scientifique. Dans cet espace intemporel, Elinor Haynes et Jeanne Briand sont comme deux croques-morts, exécutant des rites funéraires en préparant méticuleusement les corps et la confection d’amulettes précieuses qui s’inscrivent dans une autre dimension, entre l’inerte et l’animé.