/e/ exposition/programmation / Sleep No More
by Camille Brée / Kim Farkas / Laura Gozlan / Christophe Lemaitre / Pierre Paulin N°.001 posted
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Sleep No More est un titre emprunté, proposé par le réalisateur Don Siegel mais abandonné pour des raisons commerciales par les producteurs du film de science-fiction intitulé Invasion of the Body Snatchers (1956). Ce film est une méta-matière (1) permettant d’extraire et d’articuler différentes notions incarnées dans les œuvres, leur système de production ou encore dans les narrations sous-jacentes qui infusent l’espace d’exposition.

Sleep No More et la paranoïa s’installe.

N’avons-nous pas déjà basculé dans un revers du monde, où une nouvelle temporalité semble s’être engouffrée ? Un espace à double fond, où le lisse et la norme sont subvertis, où les fonctions s’annulent dans les formes, séduites par la fiction dont s’imprègne le réel.

Sleep
Sleep More
Sleep No More
Double Bind.

Sleep No More invoque le sommeil sous le prisme d’une injonction paradoxale et revêt ici une logique de persistance, à rebours du soin qu’il procure. Menace, conseil ou berceuse. Il s’agit d’embrasser cette ambivalence dont l’inertie réparatrice semble avoir échoué. Ne dormez pas, ne dormez plus. S’il était le dernier rempart contre la machine capitaliste, celle-ci l’a absorbé en un temps d’exploitation de la pensée et de l’inconscient. Capitaliser ce temps du corps à l’arrêt reviendrait à lui imposer de « s’aligner sur l’existence des choses inanimées, inertes ou intemporelles » (2), dissimulant toutes empreintes émotionnelles, tout en inhalant, inlassablement, les vapeurs du monde éveillé. D’autres phases du sommeil se rapprocheraient plus de la résistance que de l’adaptation. Dormir plus devient une forme de lutte passive. Dormir moins revient à se réapproprier un temps dérobé.

La nuit suscite une autre attitude, celle de la veille. Un partage du sommeil fonctionnant comme un contrat social tacite et politique. Des corps invisibilisés restent éveillés afin que les autres soient protégés, se reposent ou s’évadent. Quant à l’œil mécanique, installé dans le corps institutionnel, ce dernier est programmé pour contrôler. Un état de veille nous incite pourtant à garder l’œil ouvert pour résister à un assoupissement de masse face à des habitudes normatives qui infiltrent nos esprits de manière diffuse. Un sleep-mode latent.

Mais qui dort encore, qui veille
et qui s’anime ?

(ongoing night lights series) est une série de veilleuses autonomes et discrètes que Camille Brée et ses amis produisent, sollicitant une attention particulière. Si certaines apparaissent comme des excroissances dégoulinantes qui manquent de s’échapper, d’autres matérialisent une présence affective et rassurante dans les interstices qui les accueillent. Ensemble, elles produisent une œuvre ouverte, contrebalançant la notion d’auteur et dont la fonction n’est plus uniquement d’éclairer mais de ponctuer l’espace de micro-narrations collectives et amicales.

Les sculptures de Kim Farkas sont plus silencieuses et solitaires. Un assemblage d’objets standardisés semble troublé par une enveloppe colorée qui recouvre ces coquilles vides. Cette matière transparente à la fois visqueuse, brillante, presque sensuelle, masque les faux-semblants et suggère des fictions indiscernables. L’aspect organique de cette étrange peau se voit remplacé par une matière à la lueur industrielle dans l’œuvre 17-12 (L’eau était noire plutôt que perse). Si ce vocabulaire pictural nous permettait d’évoquer la physicalité de la peinture, une présence sculpturale induit une strate de confusion, opacifiant l’origine même de la fabrication de cette œuvre.

Cette incertitude formelle se retrouve dans les sculptures de Christophe Lemaitre et Kim Farkas, qui regorgent, malgré le caractère hermétique de leur ossature technologique, d’une valeur sensible et poétique. Horloges éveillées, elles observent, analysent et anticipent le basculement des mouvements diurnes de la Terre. Les nuances d’informations lumineuses s’introduisent dans ces sculptures, connectées à leur environnement d’accueil. Cette même matière naturelle nourrit une autre œuvre de Christophe Lemaitre, travailleuse autonome qui la nuit part glaner une iconographie extraite d’un réseau de fenêtres virtuelles connectées sur le monde, filmant en continu l’évolution de paysages naturels. Une forme d’intelligence, comme une extension de l’œil de l’artiste, camouflé dans une enveloppe extrudée et désincarnée.

Si le corps semble disparaître, la main de Laura Gozlan le réinjecte et travaille la matière de l’épiderme comme texture non figurée ou, peut-être, déjà défigurée. Cette manifestation viscérale dans l’œuvre Gorged in colors of hurt devient l’enveloppe charnelle d’un écran qui se substitue à l’âme, pour hanter la sculpture d’une parole reconnaissant un manque, pourtant imperceptible. Dans les looks de Pierre Paulin, reproductions monochromes de sa garde robe, le texte s’infiltre dans les mailles du tissu produisant des ensembles de vêtements, habités non plus de corps mais de paroles écrites. Œuvres absentes. Nos voix incarnent leur présence et habillent l’espace de ces textes, cachés dans le revers d’une manche ou de la page d’un livre. Dimanche 21 mars 2021, nous serons l’écho d’une voix et la brume de nos souffles sera imprégnée des mots de « L’aube dans la nuit » (3).

Sleep No More, exposition insomniaque, serait à envisager comme un appareil social et sensible, permettant de transgresser un état du monde dans lequel les esprits semblent anesthésiés ou amnésiques, les corps dénués de leurs émotions, subtilisés par la vacuité technologique. Les œuvres donnent de manière intrinsèque corps à des présences nébuleuses, dotées d’affects, de gestes évocateurs, de doutes inhérents. Cette profondeur qu’elles matérialisent permet de retrouver une chaleur, une substance poétique à saisir, restée hors champ ou dans le repli des formes.


(1) À la manière d’une ambiance, un film est venu se répandre à tous les niveaux de l’exposition, à chaque couche de sa conception. Invasion of the Body Snatchers (Don Siegel,1956) est devenu la méta-matière de cette exposition. Les personnages, habitant la ville fictionnelle de Santa Mira en Californie, sont dupliqués la nuit pour se réveiller à l’identique, les souvenirs intacts mais les émotions et les sentiments absents, la lueur du regard évaporée. Pour les protagonistes, il s’agit de rester éveillé, résister à la tentation du conformisme. Le monstre, s’il est extraterrestre, a le visage humain, celui de l’autre que l’on ne reconnaît plus. La paranoïa se joue sur des plans serrés et devient celle d’un quotidien où la chaleur humaine s’est éclipsée. La dissemblance est possible par le doute, l’intuition, la névrose. Une histoire de double qui connaît plusieurs remakes : en 1978 par Philip Kaufman et en 1993 par Abel Ferrara. Source inépuisable, la duplication du sujet se veut infinie.

(2) Jonathan Crary, 24/7 Le Capitalisme à l’assaut du sommeil, éditions La Découverte, 2016, p.19

(3) Pierre Paulin, L’aube dans la nuit, in “L”, 2019

/e/ exposition/A Showcase Show by Placement Produit / Lockdown Story
by Jules Brière / Cyril Debon / Max Fouchy / Eliott Paquet N°.002 posted
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Un fracas brouillon et aiguë résonne. Il est celui de vitrines éclatées, de boules de Noël maladroitement frôlées, de millions de solitudes confinées, du changement des saisons.
En investissant la vitrine de l'espace, Placement Produit présente avec les Showcase Shows un cycle d'expositions uniquement visibles depuis l'espace publique. Les expositions questionnent alors les notions d'intérieur/extérieur, de barrière sociale, de consumérisme et se donnent à voir de tous, dans l'intimité de la rue de la Commune de Paris à Aubervilliers.

/e/ exposition/programmation / My bad
by Lucas Semeraro N°.003 posted
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Quoi de plus rassurant à priori que les quatre murs de sa chambre d'ado?
Cocon que la vie moderne a spécialement aménagé pour l'enfant le temps qu'il se mue en adulte. Espace-rituel où l'on exerce ses goûts et où l'on affine sa personnalité.

Mais dans le travail de Lucas Semeraro l'adolescence croît sous le spectre hostile d'une vie d'adulte qui peine à s'émanciper et à se mouvoir dans un monde de crise. L'artiste tente alors de rétablir un monde de possibles dans sa chambre, d'arranger ses fétiches, mais, sans l'ombre d'un doute, sous le joug inéluctable d'un État administrateur de toutes vies et de tous futurs.

Rêver est un sport de combat et celui de l'enfant peine à subsister au sein d'un système où l'absurde avoisine les lois et l'économie. Le rêve ne fait alors place qu’à des objets qui ne se font que l'écho déchu de ce qu'ils auraient pu être. Une figurine, tirée d'un anime jamais sorti des limbes, trône sur une barre estampillée comme le cadre d'une télévision. Des LEDs orphelines de leur boîtier écranique signalent un appareil en veille inexistant, tandis que des boîtes inanimées ne dégagent qu'une ritournelle animale. Le même cri de cigales qui peuple la bande originale de nombreux anime et ici, qui se percute contre des extensions architecturales semblable à des mains courantes ou à un ersatz de manivelle figée en attente d’un corps providentiel.

Alors que faire ? Juste accueillir My Bad, une malicieuse déception fictionnelle où des fragments de la vie contemporaine se chuchotent l'histoire d'un monde désossé de ses rêves.

/e/ exposition/programmation / The young man eatin' toaster tricks
by Raphaël Emine N°.004 posted
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Au milieu d’un ciel bleu, transpercé de rayons lumineux, se dresse une série de tours en forme d’épingles dont les façades sont recouvertes d’un duvet végétal. Au pied des architectures, un feuillage touffu, mêlant le pourpre et le vert, s’étend irrépressiblement jusqu’à former un contrefort de plantes. Le monde naturel, presque omniprésent, semble envahir l’environnement urbain, embrasser les frontons et les toits, jusqu’à les ensevelir totalement.
Cette description succincte se réfère à la couverture d’un livre de science-fiction de Robert A. Heinlein mais aurait pu illustrer d’autres récits tant ce dessin offre un bon exemple du concept de “paysage du futur” qu’affectionne la littérature SF. C’est par cette idée de paysage insolite, de monde alternatif, que l’on peut aborder le travail de Raphaël Emine.
On y retrouve tout d’abord un attachement pour la superposition de formes, de couleurs, de lignes, qui jouent sur un déséquilibre. Ses sculptures, principalement en céramique et en verre, multiplient les configurations par l’ajout de couches successives de matière mais conservent systématiquement l’idée du réceptacle, qu’il soit clos comme avec les Turbines, ou ouvert avec la présence des coupoles, sortes de bassins où pullulent des matières organiques (cyanobactéries, lentilles d’eau).
Dans sa série des Bénitiers, les bactéries insérées dans les pièces altèrent la chromie de l’eau, les énergies s’y agrègent et, avec la combinaison de la terre, produisent des effets sur la matière même.
On est loin d’un no’mans land sablonneux et minéral, mais plutôt à la lisière d’un paysage singulier, couleur chlorophylle ou spiruline bleue, dont les surfaces arrondies sont encadrées par des supports rigides et géométriques afin de les exposer à la manière d’écosystèmes distincts.
L’artiste s’attache à donner corps à ces micro-mondes qui, par l’ajout de matière organique, deviennent le milieu naturel, l’Umwelt, de ces bactéries. Il y a une volonté de mettre à jour l’entrelacement constant entre le milieu, l’habitat que seraient ces sculptures, et les formes de vies qui les habitent. Raphaël Emine intègre ces mouvements en flux, ces variations causées par la porosité des matières, sans anticipation de ce qui pourrait émerger gardant à l’esprit que le monde matériel ne se conforme pas passivement aux modèles humains.
Le titre de cette exposition, The young man eatin’ toaster tricks, offre une possible conclusion. Peut-être les amateurs de Ghostbuster auront reconnu la référence faite au film. Il s’agit d’une scène, extraite du second volet des aventures de Bill Murray et de ses amis chasseurs de fantômes, dans laquelle l’acteur se retrouve la main prise au piège d’un toaster dont un spectre aurait pris possession. La plaisanterie est dévoilée après quelques secondes de tensions où l’on voit le comédien se débattre avec une matière rose fluo qui n’est autre qu’un liquide inoffensif. En filigrane, se pose une attention portée à la matière, entre celle qui existe et celle qui pourrait exister, laissant planer une certaine ambiguïté entre la “surface” et le “réel”.

/e/ exposition/programmation / Rose Button
by Romain Vicari N°.005 posted
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Timothée Chaillou : Romain, Placement Produit est un artist-run space composé d’un appartement, d’un atelier d’artiste et d’un espace d’exposition. Ce lieu souhaite « questionner l’espace domestique dans l’espace urbain. » Qu’en est-il de ce questionnement par rapport aux oeuvres que tu présentes ?
Romain Vicari : Situé à Aubervilliers, Placement Produit est à mon avis l’un des exemples développés par des jeunes artistes dans ce contexte de run-space. Les œuvres produites sont en relation avec “l’intimité territoriale” du lieu, elles entrelacent le “tiers urbain” aux formes domestiques.

TC : Tes « œuvres créent une friction avec le lieu », et tu aimes « l’idée qu’elles puissent déranger et perturber les fonctions de l’espace. » Quel dialogue ont tes oeuvres avec le « génie du lieu » ?
RV: Mes œuvres introduisent une présence inhabituelle dans l’espace, hors du regard du spectateur, opérant entre construction et déconstruction. Elles peuvent osciller dans une accroche présente ou camouflée dans l’espace architecturé. Leurs placements varie entre ces deux états.

TC : Ton « inspiration pour les formes végétales et orales que l’on retrouve dans l’art nouveau, invitant au songe » a rendu, pour le lieu, évidente ton invitation.
RV : Je vois Placement Produit comme un espace d’exposition déstructuré. Bien qu’étant un white cube, le lieu possède pourtant plusieurs péripéties.
Mon inspiration à l’architecture rend cette invitation évidente. Pour cette exposition, je tente de m’inspirer de l’oeuvre du paysagiste et urbaniste Roberto Burle Marx ;
en opposant création “matérielle” et “naturelle”. Le jardinier paysagiste contrairement à l’artiste, maître de sa matière, n’ajoute pas d’objet mais une œuvre à part entière aux données de l’univers. Il transforme en œuvre une parcelle de la nature. Pour Roberto Burle Marx, l’art des jardins appelle à lui tous les autres arts. Tous les médias y sont mélangés ainsi qu’une réflexion éco-responsable avant-gardiste.

TC : Tu dis : « Je ne recherche pas la forme produite, je suis dans une approche plus « pauvre », qui repose avant tout sur l’expérimentation. »
RV : Mon atelier est un garage, la production des pièces se fait dans un contexte de “garage band”. Je vois la réalisation des pièces comme un re et contemporain de notre société, je pense que nous somme sous une forme d’Art Povera 2.0 Le croquis et la forme finale sont très éloigné, l’idée initiale est en mutation constante pendant la production, les matériaux sont trouvés dans la rue, et le geste est plus radical. Les oeuvres s’éloignent d’une production industrielle, type design. Les objets sont uniques et imparfaits.

TC : Pour toi « la couleur participe d’un parasitage de l’espace en même temps qu’elle vient entrelacer les différentes éléments d’une installation, construire un ensemble. » Dans ton exposition les teintes pâles et le blanc dominent. Quel « parasitage » est ici opéré?
RV : La couleur encore présente, sous un violet foncé, opère dans l’entourage des matières telles les céramiques ou le riz. La matière prend le rôle d’un parasite contrôlé, ou presque.
Le riz, renvoie aux œufs de mouches, aux épidémies ; à une présence hybride, immobile qui questionne le vivant et vient le contaminer.

TC : Dans ton exposition nous rencontrons : Crislen pièce murale constitué de tige de metal noir et de céramiques blanches en forme de eurs et coquillages ; Les Mouses combinaison d’un bas relief et d’une structure au sol faite d’acier, de riz et de plâtre ; Cyclope suspension d’entrelacs d’acier et de céramique ; ainsi qu’un ensemble de céramiques murales comme des amoncèlements de griffes et de bouts de chairs. Peux tu nous parler de la « restriction » des matériaux utilisés (metal, céramique, riz...) qui se répondent de pièces en pièces ?

RV : Pour cette exposition, j’ai voulu présenter un ensemble de pièces sobres, contrairement à mes dernières expositions. Elles communiquent entre elles par la couleurs et les matières qui sont limitées, et par leur placement dans l’espace. J’ai procédé à une réduction de matériaux que je trouvais polluants dans ma pratique.

TC : Tu dis : « J’ai compris que cet intérêt pour les lignes en métal avec lesquelles je recomposais des motifs, trouvait sa source dans des lettrages recouvrant les façades d’immeubles de São Paulo, les pixadores. » Quelle dynamique est en action dans cette pièce murale, Crislen ?
RV : Elle se présente avec des griffes, agressive, mais au cœur arrondi, frontal comme un “ blase ”. Une dynamique plus animalière, aux formes inspirées des portes d’ascenseurs de l’art nouveau. Librement inspiré par la nature, elle touche principalement l’architecture et les objets de décoration d’intérieur. Cette pièce et les éléments végétaux semblent ne faire qu’un, traduisant la devise de Guimard : l’unité du décor.

TC : Il y a quelque chose de l’ordre de la dévoration, de l’engloutissement, d’une sidération des chairs dans ces bouts de membres. Pourrais tu revenir sur le lien souvent, donné comme exemple, qu’il y a entre ton travail et une pensée anthropophage ?
RV : Les pièces présentées sont d’un caractère anthropophage, mais aussi entomophage. Les Grecs et les Romains mangeaient des insectes, tels que les abeilles et les cigales. Face aux crises écologiques et à la crise alimentaire sur Terre aujourd’hui, nous voyons de plus en plus d’initiatives visant à réintroduire ces pratiques dans les composants industriels alimentaires occidentales, comme la fabrication de biscuit aux fibres d’insectes.

TC : Penses-tu, comme Simon Hantaï, que l’« on peint à l’aveugle, à tout hasard, jetant le dé » ?
RV : Comme Simon Hantai ou Helio Oiticica également, le hasard prend une part dans la réalisation des œuvres. Expérimenter l’expérimental me permet d’avancer dans mes recherches plastiques.

/e/ exposition/programmation / Studio Cycle: Les échos du vide
by Donatien Aubert / Tiffanie Pichon N°.006 posted
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Pour le cycle d’exposition Studio Cycle, chacun des trois artistes a été invité, sur un mode relationnel, à inviter un artiste proche à exposer avec lui des travaux pour composer une exposition sur l’altérité.

Ce jour-là, des lilas bleus engorgent la terrasse.
Il y a un cratère et une plaine de poussière noire.
Il y a une falaise aux graminées grises et salées qui vacillent au vent.
Une étoile. Un feu.
Les immortelles des dunes balancent leurs pompons jaunes vifs.
Une chaise vide dans la véranda. Éphéméride.
Dans le calendrier du ciel étoilé se lit l’histoire terrible et sourde de catastrophes stellaires innombrables : nébuleuses, supernovae, trous noirs. Les vivants contemplent le cosmos, curieux et inquiets des récits que le cours de leurs existences lui impulsent.
La vie parle à elle-même.
Dans ce grand tumulte, l’être humain, confronté à sa propre obsolescence, lance des projectiles vers le cosmos et crée des dispositifs robotiques pour accompagner sa solitude.
Il y a des plantes aux feuilles immobiles et des faux soleils qui les nourrissent. Il y a ce bleu latent qui couve. Des échos qui hésitent. Le drap rose otte dans un arbre éternellement. Éveil d’une constellation. Reflets incertains de vie à travers la vitre.
Et à nous que nous manque-t-il ?



Programmation incluant la performance « Les Grappes » d’Antoine Vallé et Théo Hillion

/e/ exposition/programmation / Studio Cycle: Wagon-lits
by Raphaël Sitbon / Eliott Paquet N°.007 posted
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Pour le cycle d’exposition Studio Cycle, chacun des trois artistes a été invité, sur un mode relationnel, à inviter un artiste proche à exposer avec lui des travaux pour composer une exposition sur l’altérité.

Vous avez mis le pied gauche sur la rainure... vous sentez ce déséquilibre se répercuter tout le long de votre colonne vertébrale jusqu’à votre main sur la poignée. Vous êtes maintenant dans l’entre-deux.

Il paraît que les initiés reconnaissent les boîtes d’antidépresseurs des boîtes de somnifères. Les nuances de bleu traduisent des humeurs différentes mais vous ne sauriez pas les distinguer et ne sauriez non plus dire ce que vous prenez pour lutter contre le décalage horaire. Vous sentez un regard sur vous, la voisine et son thermos de café noir, à moins que ce ne soit l’oreille du fauteuil. Vous ne parvenez pas à vous sentir bien dans le fauteuil, pris dans un courant d’air mais sans pouvoir vous calez confortablement contre le dossier. Une voix vous parvient, un lecteur en face qui murmure les gros titres catastrophistes de la presse tandis qu’une autre lectrice plus jeune se réfugie en silence dans un roman d’amour au titre plein de chaleur. Dans les interstices, vous développez votre regard et vous plaisez à imaginer ce qui viendrait ensuite.

Vous n’avez aucune idée du temps qu’il reste et ce n’est que le départ.

/e/ exposition/programmation / Studio Cycle: Abandonnés dans la forêt
by India Leire / Florian Mermin N°.008 posted
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Pour le cycle d’exposition Studio Cycle, chacun des trois artistes a été invité, sur un mode relationnel, à inviter un artiste proche à exposer avec lui des travaux pour composer une exposition sur l’altérité.

Dans les contes de fées qui ont formé notre inconscient collectif, la forêt évoque l’inconnu, la peur. Il s’y passe des événements étranges et inquiétants, qui représentent une menace, une épreuve pour les visiteurs qui osent s’y aventurer.
On peut choisir d’y répondre par un évitement, ou par un apprivoisement.
Car la forêt est aussi un rite de passage et un lieu de métamorphose. C’est cette même forêt qui permet l’évolution et le développement des voyageurs.
Cette exposition crée ici une invitation à entrer dans cette idée mythique de forêt, et à s’y égarer lors d’un parcours initiatique invoquant la danse, la nature et la domestication.
Les travaux d’India Leire et Florian Mermin ont cette intention commune d’évoquer la nature et d’interpeller l’imaginaire du spectateur.
Les sculptures d’India Leire forment des structures organiques hypnotisantes, oscillant entre le monde animal et le monde végétal, entre le vivant et le minéral. Le spectateur est perdu dans sa perception habituelle des formes, des espèces et se crée un nouveau référentiel pour en imaginer la signification.
Florian Mermin travaille autour des objets usuels et des archétypes de l’inconscient collectif, en détournant les usages et les aspects, dans un univers qui lui est bien particulier. Dans un monde toujours ancré dans la réalité mais basculant dans le fantastique, il invite le spectateur à questionner le merveilleux autour de lui.
Dans un ensemble de pièces et une installation qui questionnent les limites du réel, de l’espace et de la nature, India Leire et Florian Mermin créent un monde alternatif unissant leur deux univers, invitant le spectateur à faire abstraction de la réalité pour se perdre dans leur forêt.
Que restera-t-il ? Avec quoi repartira-t-on ?
C’est au spectateur de choisir ce qu’il décidera d’y prendre, ou d’y abandonner.

/e/ exposition/programmation / Concorde Club
by Mit Borras N°.009 posted
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I'm the drone, I am the hand that drives the drone, I am the finger, the controller, the pressure, the command, I am the connection between the hand and the drone, I am the distance to the drone, I am the distance with other drones, I'm the other drone, I'm all drones, I'm drone swarm, I am the pools that the drone sees, I am the plains that the drone sees, the shopping centers that the drone sees, the motorways, the power plants, the gyms that the drone sees, the mountains that the drone sees, the peaks, the valleys, the meanders, the fjords,, I am the lakes that the drone sees, I am the river forest that the drone sees, I am the remains of other, civilizations that the drone sees, the caves that the drone sees, the cenotes that the drone sees, the deserts that the drone sees, I am the snakes that crawl in the deserts that the drone sees, I am the trail left by the snake, I am the slime, I am the prey that the snake eats and the drone sees, I am the fields that the drone sees
I am the chemicals that irrigate the fields ,I'm the organophosphate, I am the organochlorines, aldrin, endrin, lindane, cypermethrin, pentachlorophenol, benomyl, Linuron, brodifacoum, parathion methyl, I am the mountain systems that the drone sees, I am the volcanoes that the drone sees, I am the glaciers that the drone sees, I am the tourists who photograph the glaciers, the scientists who photograph the glaciers, I am the sailors who photograph the glaciers, I am the photos, the folders, the uploads to the cloud of the material of the glaciers, I am the likes of the glaciers, I am the commitment with the glaciers, I am the glacier cracks, I am the air that fills the space of all the glacial cracks, I am the children, I am the faithful, I'm the runners running far below the drone, runners running in the field, runners running in the city, runners running between industrial estate, runners running among the ruins of Varanasi, runners running among the ruins of Chactún, runners running between the ruins of Teotihuacan and Delphi, Runners running from one business park to another business park, I am what runners think, I am their routes, I am the spirit of the runner, I am the stimulus of the runner, I am the sperm of the runner, I am the goals of all runners, I'm the stride, I am the pronation movement of the runner, I am the testicles and the pussy of every runner, runner's vagina, runner's teeth, runner’s wifi, runners Ipad, I am all climbers climbing the mountains below the drones, I am the precision material of the climbers who climb the mountains at this moment, I am the imaginary points that unite all the climbers who climb the mountains at this moment, I am the line that results from joining those points, I am the trajectories, I am the distances of the climbers to the top, I am the distance to the ground, I am the distance between the climbers and the drones that fly right now above at this exact moment, I am the vassals, the adapted, the nobles, I am the ergonomics of the houses, the ergonomics of clinics, the ergonomics of the drone housings, I am the ergonomics of all objects, I'm the orthosis, the prosthesis, I am the material of the prosthesis, I'm polyethylene, cobalt, carbon fiber, I'm hydraulic, pneumatic, I am all machines, I am the soft hand that drives the machine, I am all the hands that drive all the machines, I am the mechanical advantage, I am the pressure, I am the obsolescence of the machines, I am the potential of the machines, the germ of the machines, the inception of the machines, I'm the apps, I am augmented reality, I am the binary language, Esperanto, the dead languages, I am maternal love, I am the fluctuations in the stock market, I'm the cryptocurrencies, I'm the bitcoin investors, I am the sweat of the investors, I am the smell of investors, the excitement of investors, I am dermatitis, I am the disease, I am the fraternity, I am the bilateral agreements, I'm the vaccines, I am the plastic wrap of vaccines, I'm the machines that synthesize vaccines, I am synthetic hair, I am implanted hair, I am the geometric patterns on which the organic hair is implanted, I am the software that designs the protocol for hair transplants, I'm the transplanted heads, I am the heads of the brokers, I am the heads of the mystics, I am the heads of the siamese, the ideas of the siamese, the parts where the heads of the siamese are united, I am the cypresses, the birches, the walnuts, the ferns, the gladioli, the cedars, the asclepias, hypoestes, honeysuckle, aloe, balm, the lichens and the stamens of all the flowers, the sex of flowers, the hermaphroditism, the spirit of fertilization of all the species of the world, of all animals and living beings, your desire to fuck, your desire to survive, your desire to prosper, your desire to transcend, I am the security protocols of all official buildings, the security doors, the security cameras, the panic rooms, the algorithms, the dark rooms, the hyperbaric chambers of the wealthy class, Oxygen and elite, I am botox, I am the allergic reaction, I am the admiration, I am the flashes, I am serenity, I am meditation, I am fitness, I am wellness, I am the sports routines, I am the composition of facial creams, I am the promises of the creams, I am the commercial strategies, I'm the stock market crash, I am the uncertainty, I am the adaptability, I am all soft materials, all elastic materials, I am all hydrophobic materials, I am the drought, I am the plague, I am the solidarity smoothies, I am the rubber that protects the bumper plates of the crossfit, I am the perfume of stores, I am the hydrocarbons, I am the smell of phytoplankton, I am the ocean currents, I am the sex of the algae, I'm the jellyfish, I am the electric fish, I am the cellular material of 3D printers, I'm the printed organ, I am the electric skin, I am synthetic skin, I am cyborg skin, I am the organs of the cyborg, I am cyborg love, I am the motor traction that flexes the limbs of a cyborg, I am the cyborg concern, I am the cyborg dream.

/e/ exposition/programmation / ()
by Ishai Shapira Kalter N°.0010 posted
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dear ishai,

thank you for being just a dear host to me. it was great to see you. and in paris no less. i love your israel cite suite, i’ll keep memories of rainy coffee talks about tinder, delicious pasta monastic style, the sartre book that matched the painting on the bike depot out the window. your rst sculpture above my air mattress, and charming blanket anxiety. what was the story about the sheet? imagining your sunset show falling asleep. our day of art, who was that video artist again, will you show her? the gilet jaune at the square. the noodles hole and dix-sept where we talked with the barcelonian who tried to kiss you.. no segure, no ricoure,,? and savine (sp?) the israeli bartender, who had gone to ponderosa, said it was intense social dynamics. she wasn’t kidding. its funny bc someone mentioned she had a hard time there and i knew what they were talking about. and then getting to come back but brie y 3 weeks later, to all the blenders, imagining your mother baking cakes. what did you call your power containers? how is your shoulder? did you go to the american hospital? i left you sleeping bc i thought you needed the rest. i didn’t sleep much so went and sat by the seine as the sun rose, preparing for family chapter. which went smoothly! everyone was on good behavior, and we even got newborn kittens.
now i’m back at the manse. lots to gure out. tapped trees for maple syrup, have a dumpster to tear the garage into, catching up on correspondence, finances, and planning the yr. floating in a strange kind of timeless re-entering.
i hope paris continues to be fruitful for you. thank you for sharing it with me.
until soon
yours
xx chip

/e/ exposition/programmation / My place isn't despairing, but it's softly haunted
by Paola Quilici / Lucille Léger N°.0011 posted
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Transitional bodies. Soft Occupations. Communitas—yearning. “To be” = to want to be forever. To space out. Magic urges upward, throughout the network. Something of the furniture. To be the furniture. The sidewalks of La Petite Couronne are alarming. They become cadenze. A dream or a bump between two rivers. Fourfold Vision and Medusa spirit and the collapse of unique reason—a surrender to the beloved. Le Visible et l’Invisible. New Sincerity post-Wicca. Making sure I don’t get hit by a self-driving car in the incantation. Wild carpet (a timeless placeless place).
To use the body and magic otherness to fasten word clouds. To map out old industrial cities. The perception of liminal caesura of the un/conscious in the midst of the process. And then, arising without a cause. Genderless narratives. Throwing each other to the Dreamsnake. The grasp of the real will result in an outright suppression of the brilliance that we wanted to stabilise, which is replaced by a set and a false light. Yellow flowers and Obsidian eyes. [Cellphone vibrates]. Where? Through the darkness, I blindly searched for my phone.The ritual has ended, but joy goes on.

and we are here on the edge
because in this space betwixt spaces
where nothing stands,
we are what it spells.

>readings/objects/video&sound by: Pauline Chasseray-Peraldi & Paola Quilici, Clara Pacotte, Rosanna Puyol, Giancarlo Pirelli.

/e/ exposition/programmation / Who knows what happened here?
by Léa Porré / Miyö Van Stenis N°.0012 posted
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I stepped into something strange

The two works exhibited here use a similar aesthetic to very different ends. La Tumba utilizes VR technology to crack open and re-examine, in a near-forensic way, a literal architecture of power known and feared in Venezuelan society: a prison where political dissidents are detained and tortured by agents of the government.

Meanwhile, Vin Dizen uses the ultra-seductive aesthetics of CGI to create a pseudo-ruin. Ancient fountains baring the noble profiles of lions overflow with contemporary iconography of Hot Wheels™ tires, converging inside a seemingly endless landscape. A permanently Instagrammable pixelated sunset and the low hum of something arcane disarms us, precluding any sense of skepticism. It comments on our obsession and ultimate deferral to “genuine” antiquity; how that desire has turned into its own highly lucrative industry in the age of hyper-capitalism, and has even flickered into the art world through “blockbuster” exhibitions like Damien Hirst’s Treasures from Wreck of the Unbelievable.

Both worlds are grounded in a contemporary desire stemming from the miraculous absence of knowledge - any question the demi-Gods of Siri or Google can’t solve. Where did these ruined objects come from? What really happens in the prison? Because we don’t know, we find ourselves subliminally manufacturing answers in order to satisfy our own need for an explanation.

When the viewer steps into these simulated worlds, she is confronted by these forces. Immediately her brain manufactures possible scenarios that led to the ruination in Porre’s piece, or empathize, in a bodily and affective way, with the fear and trauma of those disembodied witnesses who narrate Van Stenis’ simulated prison. The viewer’s emotional attachment to these digital worlds effectively continues their process of auto-mythologizing, as their power grows with every subsequent re-interpretation.

The title refers to these worlds as some ‘things’ and not some ‘wheres’ as these worlds are in fact immaterial fantasies, a digital alter-verse to be inhabited or gazed upon but never fully accessed. The viewer is held captive by this web of real and fake, hinging between feelings of fear and desire, the glut of visual data offered by seductive computer-generated imagery and the intense isolation of simulated torture chambers.

In a sense, the works are more concerned with the social and psychological response of the viewer than their own authenticity—a flex of power that makes their mythology all the more real. Held up by our desire for reason, they float above the viewer like gods, forever just slightly out of reach.

/e/ exposition/programmation / Dans cette arène sans poussière où les émotions se décolorent
by Eliott Paquet N°.0013 posted
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As she grabs a towel, she gets naked and puts on a green mud and seaweed mask on her face. «Turn on the bathtub’s led lights, heat the water and the oor, switch on the bubbles and the tea tree mist» Google home expects orders like an obedient sheep.
In her house, in the middle of her two huge rooms — at exact same schizo distance from both — a stomach-shaped, indoor pool, a flexed elbow — everything is ergonomic, you know what I mean. On the right, a private gym, in the back, a minimalist of ce with glass tables and plants; two, three or four aloes, a ficus lyrata, several orchid alevilla, a sanseviera, a philodendron, a library with books, everything is the same color. The linen curtains and sofas are pastel, the oors are white, covering all the large spaces. Two or three Buddhas and a Vishnu and a Ganesha. Everything is soft, very soft, like the clinic of an Apple dentist. The garden is Japanese — it has good feng shui, I dunno —, and there’s also lot of marble. Outside the front door, there is a sports car shiny shiny like an expensive pearl.
Liv opens ceremonially the packaging of her new body cream. The box makes an exquisite sound when she opens it — sliding paper against paper. She then grasps the foam rubber and the plastic inside. Sssshhhhrr. Pure joy. She smears it. A bit of Hydra Zen from Lancome, with NeurocalmTM, is spread out, and she leaves the pot, a pink dwarf crystal quartz jar, on top of a ceramic plate.
She immediately feels how it reduces the effects of environmental and emotional stress on her face, on her tits, on her legs and on her belly, and perceives how it calms and attenuates the tightness of her wrinkled, dry and atopic skin.
She managed to sell more shares on the stock market than expected; in fact, she has sold a shitload of it, promotion that nobody wanted.
She became a real Pump-n-Dump, obtaining a benefit of 1%, way above what her boss number 1 and her boss number 2 imagined.

She takes a pill with a vitamin booster, the bathtub is ready, the fruity smell of the bathroom and the heat fill everything, and you do not see a fucking thing anymore. She bathes, masturbates, combs her hair, takes a shit and then puts on the Gucci esh-colored tracksuit that lays on the bed. Perfumed and prepared. Like a new skin of a synthetic snake. She wears this set from the 2018 Cruise collection, a tribute to the equestrian world, a 100% cotton beige Jacquard GG. She now feels ready like a laser, relaxed and 100% motivated.
On her laptop, she reviews the talk she will give tomorrow about creative efficiency; an impeccable Keynote document in which she talks about productivity, competitiveness and innovation. She will mention technology, results, leadership and improvements, but should not forget to end her speech by highlighting the words HAPPINESS and GOOD.
She vapes on an electronic cigarette through her satisfied mouth, puffing away as she rehearses the speech. She uploads the le onto the cloud.
Now that a layer of uniform fat fully covers it, her skin shines like heaven. She caresses her tracksuit, looks at it, vapes.
1% pro t. It’s massage time.
Eliott Paquet is pleased to announce the inauguration of his artist-run space Placement Produit. An attractive venue in the city of Aubervilliers near Paris, focused on the production and exhibition of young contemporary artists.
For the space’s rst exhibition, the artist presents a new series of ergonomic pieces that re ects product design, nature, the human body, as well a set of graphic works that refer to corporate language, neoliberal lifestyle, wellness and the axioms of global business.